jeudi, mars 22, 2007

Religions :
des choses
à mettre au clair


Dans tout le débat que nous connaissons au Québec sur les accomodements prétendus "raisonnables", on est obligé de constater que, d'abord, on nage en pleine confusion, et aussi que peu de gens se sont risqués à aborder le fond du problème, qui est celui des fondements mêmes des religions et de la place qui doit être la leur dans une société démocratique, ouverte et laïque.

Si la confusion règne, c'est parce que, justement, nous parlons d'accomodements "raisonnables", alors qu'en réalité il n'y a strictement rien de "raisonnable" dans le phénomène religieux. La plupart des croyants l'admettront eux-mêmes, la religion n'a en effet rien à voir avec la raison, car elle relève de croyances strictement surnaturelles et irrationnelles. C'est donc la déraison que l'on consacre par ce genre d'accomodements. En ce sens, ce n'est pas d'accomodements raisonnables dont on devrait parler, mais bien plutôt d'accomodements religieux. Et parler d'accomodements religieux, ça nous force à nous poser certaines questions de fond sur la société dans laquelle on veut vivre.

Par exemple: après nous être débarrassés de l'influence de l'Église catholique qui pesait comme une chape de plomb sur notre société mais qui a été, fort heureusement, chassée par la grande porte de nos institutions collectives, voulons-nous que la religion ressurgisse de nouveau, cette fois en entrant par les fenêtres du sous-sol? Pour ma part, je fais partie de ceux qui considèrent que la religion, c'est strictement une affaire privée, et qu'elle doit rester en dehors de la sphère publique que sont nos institutions sociales et collectives. Les gens peuvent bien croire dans ce qu'ils veulent, c'est leur affaire à eux. Mais jamais nos institutions ne devraient se plier à quelque croyance religieuse que ce soit. Des salles de prière, c'est bon pour les résidences privées ou pour les églises, temples, mosquées, pagodes, etc., mais ça n'a pas d'affaire dans nos écoles où dans tout autre lieu appartenant à l'État, donc à l'ensemble des citoyens, qu'ils soient croyants ou non. Les religions ne devraient bénéficier d'aucun passe-droit à cet égard. C'est à ce prix qu'on pourra garantir le plurarisme, la tolérance, et surtout la liberté, dans notre société.

Aussi, on le voit dans certains pays d'Europe, certains mouvements intégristes sont en train de museler la liberté d'expression. L'affaire des caricatures au Danemark, l'assassinat du cinéaste Théo Van Gogh en Hollande, et aussi la pièce Mahomet, ou le tombeau du fanatisme de Voltaire qu'on a réussi à empêcher de jouer à Genève, ou encore les représentations de l'opéra Inomédée de Mozart qu'on a presque réussi à faire annuler en Allemagne, montrent bien que l'intégrisme islamiste est en train de miner nos libertés fondamentales. D'ailleurs, même ici au Québec, je parierais gros que n'importe quelle troupe de théâtre qui serait assez téméraire pour jouer cette même pièce de Voltaire se verrait l'objet de menaces, sinon d'attentats. C'est dire combien nos libertés ont reculé sous la pression insidieuse et sournoise des fous de dieu et du fanatisme le plus abject.

Pour ma part, je le dis sans gêne aucune: on doit préserver dans notre société le droit de critiquer et de dénoncer les religions, qu'elles qu'elles soient, et d'affirmer haut et fort, si on le pense, qu'elles sont absurdes, aliénantes et insensées. Ce qui est sacré chez nous, ce ne doit jamais être quelque dogme ou fable religieuse que ce soit, ni la parole ou l'icône de quelconque "prophète" ou leader religieux. Ce qui est sacré chez nous donc, c'est le droit à la liberté d'expression sans aucune limite autre que la propagande haineuse, et aussi des principes tels que la liberté absolue de conscience, l'égalité entre l'homme et la femme et un espace et des institutions publiques libres de toute influence religieuse. En un mot, ce qui est sacré chez nous, c'est la personne humaine, sa dignité et sa liberté.

Encore une fois, la religion doit rester cantonnée à la sphère privée. Et on a aussi le droit de respecter ou non certaines croyances, et de dire ce qu'on pense d'elles, même de les dénigrer si on le veut, dans la mesure cependant où les personnes et leurs droits fondamentaux, ceux qui sont partagés par tous dans notre société, sont toujours respectés. Pour ma part, je ne demande pas aux gens de respecter mes convictions philosophiques ou autres, mais cependant, mon droit de dire ce que je pense librement et de critiquer les croyances, lui, doit être respecté. Idem pour ceux qui ont des croyances dogmatiques, qui peuvent bien critiquer les convictions des non-croyants, et aussi les dénigrer s'ils le veulent. Seule une société qui préserve la laïcité dans l'espace institutionnel public peut garantir ces droits et ces libertés fondamentaux et universels, qui doivent toujours être accessibles à chacun, quelles que soient ses croyances ou convictions.

C'est pour alimenter la réflexion sur ces questions importantes pour nos libertés que je signale la sortie récente d'une ré-édition (en format poche, donc économique) du livre de Paul-Henri Thiry d'Holbach, La Contagion sacrée, ou Histoire naturelle de la superstition. Philosophe de l'époque des Lumières (mais dont l'oeuvre a cependant été beaucoup trop négligée jusqu'ici), d'Holbach (dont je parlais pour la première fois dans un billet de janvier dernier) avait été l'un des premiers à faire fi des persécutions religieuses qui le menaçaient constamment pour analyser de manière incisive et sans complaisance l'aliénation religieuse et l'étonnante liste d'absurdités qui leur servent de fondements.

C'est une petite maison française, les éditions Coda, tenue entièrement par des bénévoles, qui s'est attelée à la tâche de faire redécouvrir ce grand humaniste dont le combat a contribué, aux côtés des Voltaire, Diderot et bien d'autres, à faire éclore le droit à la liberté de conscience dans notre civilisation. Les éditions Coda ont donc récemment permis de faire ressortir de l'oubli des oeuvres importantes de d'Holbach dont, en plus de celle dont je vous parle aujourd'hui, Le Christianisme dévoilé et la Théologie portative, dont chacune vaut vraiment le détour.

Lire d'Holbach, c'est se donner les moyens de comprendre la fausseté et l'absurdité des fondements des religions, et leur impact funeste dans l'histoire humaine. C'est ainsi voir les religions pour ce qu'elles sont en réalité: des affabulations inventées de toute pièce pour répandre la superstition et l'esprit de soumission, afin de consolider des pouvoirs absolutistes et liberticides. C'est enfin constater que les religions ont entraîné (et entraînent toujours) des conséquences funestes pour notre humanité, et nul besoin d'en réitérer la liste tellement leurs ravages sont évidents. Comme le démontre d'Holbach, les religions sont incompatibles avec la morale la plus élémentaire et avec les devoirs de chaque être humain à l'égard de son prochain, car elles déresponsabilisent l'individu par rapport à sa propre conscience, qui pour les religions ne doit servir que de hochet à ses interprètes qui cherchent toujours à imposer leurs volontés aux consciences, permettant ainsi de justifier ce qui, trop souvent, s'est révélé immoral et inhumain.

Comme le dit si justement d'Holbach :

«Tout système religieux fondé sur un dieu si jaloux de ses droits qu'il s'offense des actions et des pensées des hommes, un dieu vindicatif qui veut qu'on défende sa cause, une telle religion, dis-je, doit rendre ses sectateurs inquiets, turbulents, inhumains, méchants par principes et implacables par devoir. Elle doit porter le trouble sur la Terre, toujours remplie de spéculateurs dont les idées sur la divinité ne s'accorderont jamais, elle doit appeler les peuples au combat toutes les fois qu'on leur dira que l'intérêt du Ciel l'exige.

Mais Dieu ne parle jamais aux mortels que par des interprètes, et ceux-ci ne le font parler que suivant leurs propres intérêts ; et ces intérêts sont toujours très opposés à ceux de la société. Le vulgaire imbécile ne distinguera jamais son prêtre de son dieu. Dupe de sa confiance aveugle, il n'examinera point ses ordres, il marchera tête baissée contre ses ennemis, et sans s'informer jamais du sujet de la querelle (qu'il serait d'ailleurs incapable d'entendre), il égorgera sans scrupule ou s'exposera à mourir pour la défense d'une cause dont il n'est point instruit. Sa fureur se proportionnera néanmoins, à la grandeur du dieu qu'il croit intéressé dans la querelle. Et comme il sait que ce dieu est tout-puissant et que tout lui est permis, il ne mettra point de bornes à sa propre haine, à sa férocité : il les regardera comme des effets légitimes du zèle que son dieu doit exciter dans ses adorateurs.

Voilà pourquoi les guerres de religion sont les plus cruelles de toutes. En un mot, toute âme en qui le fanatisme religieux n'a point éteint les sentiments de l'humanité, est brûlée d'indignation et déchirée de pitié à la vue des barbaries, des perfidies et des tourments recherchés que la fureur religieuse a fait inventer aux hommes.

Ce fut communément au nom de Dieu et pour venger sa gloire que les plus grands forfaits se sont commis sur la Terre. Si je parcours la Terre en demandant à chacun de ses habitants ce qu'il pense de la bonté, de la justice, de la douceur, de la sociabilité, de l'humanité, de la bonne foi, de la sincérité, de la fidélité de ses engagements, de la reconnaissance, de la pitié filiale, etc, sa réponse ne sera point équivoque : chacun approuvera ces qualités, il les jugera nécessaires, il en parlera avec éloge. Mais si je lui demande, ce qu'enseignent les prêtres, ce que disent les lois et ses souverains, ce que ses usages demandent de lui : jamais nous ne pourrons nous entendre, jamais nous ne tomberons d'accord sur rien.»

Des propos comme ceux de d'Holbach, que ce soit ceux contenus dans cet extrait ou dans le reste de ses oeuvres, relèvent de l'évidence, à condition toutefois qu'on ait le moindrement conscience des faits de l'histoire humaine passée ou présente. La Contagion Sacrée nous fait comprendre, de manière informée et lucide, comment le phénomème religieux s'est emparé de l'esprit humain, et à quelles absurdités - et même horreurs - il l'a conduit. Il y a ici un lien de cause à effet qui est indéniable.

Ce que dit d'Holbach devrait être davantage entendu et réitéré de nos jours, et jamais on ne devrait accepter qu'il soit interdit de le clamer haut et fort, quitte à faire sourciller les fanatiques de toutes sortes, qu'ils soient chrétiens, musulmans, juifs, ou de quelque religion que ce soit. S'ils s'en sentent outragés dans leurs croyances, c'est leur affaire et ça ne concerne qu'eux, tout comme, pour ma part, c'est moi que ça concerne lorsque ma conscience humaine est choquée et outragée devant les atrocités et cruautés commises hier et aujourd'hui au nom des religions, sans parler des bêtises aliénantes qu'elles répandent et qui font injure à l'esprit humain. Libre donc à quiconque de croire à ce qu'il veut, même à des fables, quelles qu'elles soient, car chacun, chez nous, jouit de la liberté de conscience. Mais dans notre société ouverte et démocratique, on devrait toujours avoir le droit de dire librement ce qu'on pense, même concernant les fables religieuses, de même que l'aliénation et les absurdités qu'elles répandent.

Quiconque vit ou choisit de vivre ici devrait comprendre que ce droit à la liberté de pensée et de parole est une chose sacrée et qu'il est l'un des fondements principaux de notre société. Ceux qui ne peuvent supporter une telle liberté n'ont qu'à déménager à Téhéran, en Arabie Saoudite, au Vatican ou dans quelque autre contrée plus compatible avec leur intégrisme et où, sans doute, ils pourront vivre pleinement heureux.

lundi, mars 19, 2007

Les délires
complotistes

Je m'intéresse depuis longtemps déjà au phénomène des dérives sectaires et de la montée de l'irrationnel dans nos sociétés censées être si "avancées".

D'un côté, il y a les fanatismes de toutes sortes qui font toujours leurs ravages, qu'ils soient motivés par la religion, l'idéologie, la race, la nation, etc., et qui relèvent toujours de l'irrationnel. Pour les fanatiques, l'être humain individuel n'a pas de poids : seul compte le groupe, devant lequel l'individu doit s'effacer, et tout écart par rapport au dogme doit être pourfendu impitoyablement. Pour les fanatiques, l'opinion discordante, qui est le fruit de la liberté de pensée, doit être anéantie, quitte à anéantir l'être humain qui l'émet lorsqu'on le peut ; ou sinon, lorsqu'on n'a pas le pouvoir d'éliminer physiquement un individu, on n'a plus qu'à se réjouir de sa mort, comme on l'a vu par exemple lorsque, en 2004, le coeur bien haineux de l'Imam Pierre Falardeau s'est mis à dégouliner de joie lors de la mort de Claude Ryan.

Mais il y a aussi cette efferverscence que connaissent de nos jours les théories du complot. On n'a qu'à surfer sur le web pour mesurer l'étendue du phénomène. Et souvent, il m'arrive de discuter avec des gens que je connais depuis longtemps et qui, jusque là, me semblaient tout-à-fait rationnels et mesurés. Mais quelle n'est pas ma surprise lorsque je les entends à leur tour divaguer à voix haute sur ces fadaises que sont les théories du complot. À les en croire, le 11 septembre 2001 aurait été le fait de la CIA et non de terroristes fanatiques (comme si le terrorisme islamiste n'existait pas en réalité) ; les "Illuminatis" contrôleraient la mondialisation de l'économie ; la franc-maçonnerie, ou mieux encore : la judéo-maçonnerie satanique, étoufferait toute notre humanité de ses tentacules visqueuses, etc., etc. Il y en a même qui croient dur comme fer que ce sont les extra-terrestres qui gouvernent le monde, et que nos gouvernements nous cacheraient toute l'information à ce sujet.

Quand on touche à ces domaines-là, le moins qu'on puisse dire est que l'imagination de certains se fait très créative, surtout quand on sait qu'ils ne documentent en rien leurs thèses loufoques. D'ailleurs, c'est un phénomène très lucratif pour ceux qui publient des livres relatant leurs théories à la con: pour s'en rendre compte, on n'a qu'à penser aux centaines de milliers d'exemplaires vendus par un fumiste tel Thierry Messan, qui est justement le premier auteur (du moins francophone) à avoir prétendu que le 11 septembre aurait été planifié par le gouvernement américain lui-même. Selon lui par exemple, il n'y aurait pas d'avion qui serait tombé sur le Pentagone (mais où se cachent depuis tout ce temps les gens qui étaient dans cet avion, dont une vedette de CNN et toute une classe d'enfants d'une école primaire de la région de Washington?), tout cela serait le résultat d'un sombre complot ourdi par les puissances qui dominent secrètement le monde.

L'avantage des théories du complot, c'est de donner une explication facile sur des événements qui paraissent incompréhensibles. C'est une approche très rassurante d'un premier regard, car elle permet de trouver des certitudes là où il n'y en a pourtant pas. Mais elle n'en exprime pas moins un refus de la pensée rationnelle, celle-ci supposant l'effort de vouloir comprendre un monde et une humanité qui sont essentiellement complexes, donc qui sont tout sauf simples. En un mot, adhérer aux théories du complot, c'est surtout renoncer à penser par soi-même, pour croire sur parole un "gourou" qui, lui, prétend détenir la clef de toutes les explications de tous les phénomènes, fussent-ils "mystérieux", qui nous préoccupent.

Ceux qui choisissent de penser par eux-mêmes et de manière rationnelle trouveront beaucoup de profit à lire L'imaginaire du complot mondial, de Pierre-André Taguieff, et qui est paru dans la petite collection de poche des éditions Mille et une nuits. En fait, ce livre de 220 pages ne coûte que $5. 50, donc ça ne vaut pas la peine de s'en passer pour ceux qui sont intéressés (Taguieff avait produit un autre livre, celui-là beaucoup plus volumineux, sur le même sujet : La foire aux illuminés, qui lui aussi vaut le détour pour ceux qui veulent s'informer plus en profondeur).

Dans ce livre, Taguieff nous présente le phénomène de ce mythe moderne qu'est le "complot mondial" dans la culture populaire contemporaine. Proposant une caractérisation de la vague complotiste qu'on voit se répandre de nos jours, il nous montre comment elle s'enracine en exploitant l'incertitude et le soupçon, de même que les tendances irrationnelles qu'on retrouve du côté de l'ésotérisme. Par exemple : l'engouement pour le Da Vinci Code de Dan Brown, qui n'est pourtant qu'un simple roman mais dont plusieurs croient qu'il révélerait des "vérités cachées" par les "puissances occultes de ce monde", ou encore pour le fameux Livre Jaune, un best-seller en quelques tomes écrit par un pur hurluberlu allemand qui fait une fortune phénoménale avec ses élucubrations grotesques gobées béatement par des masses inouïes de lecteurs. Aussi, comme exemple tangible de ce phénomène,Taguieff dissèque avec efficacité le mythe du "complot juif mondial", en démasquant ses origines fondées sur un faux célèbre, le Protocole des Sages de Sion, tout en nous faisant parcourir l'évolution de ce même mythe jusqu'à ses manifestations toujours présentes et fortement enracinées en ce début du XXIe siècle.

Quand on constate combien important et lucratif est le marché pour ce genre de fadaises, on en arrive à une principale conclusion: l'irrationnel a bel et bien ses raisons. Devant quoi ce qu'on peut souhaiter le plus, c'est que la voix des esprits rationnels et raisonnables, qui forment encore tout de même un gros contingent dans notre société, se fasse entendre plus fort que celle des fumistes qui alimentent et attisent le délire général avec leurs élucubrations, et cela à leur plus grand profit. Chose certaine, lire Taguieff, c'est lire un antidote efficace pour se prémunir contre ce genre de fadaises, afin que l'on devienne de plus en plus nombreux à faire l'effort de penser par soi-même, pour comprendre le monde tout en acceptant le fait de sa complexité inhérente, complexité qui appelle des réponses fondées, raisonnées et crédibles, et non des simplifications outrancières ou des élucubrations de fumistes.

samedi, mars 17, 2007

La hyène enragée récidive...

J'ai hésité un peu avant de vous faire part d'un courriel que j'ai reçu cette semaine. C'est qu'en général je ne tiens pas à donner trop d'importance aux messages haineux et anonymes dont je suis de temps en temps gratifié, vu l'insignifiance et la débilité pathétique de leur contenu et de leurs auteurs, qui sont toujours les mêmes, d'ailleurs, à être obsédés par ma petite personne, et qui semblent s'être abonnés à mon blogue dans le seul but de s'injecter la dose de rage nécessaire à leur fanatisme. Mais il est vrai qu'il est parfois bon de rire un peu, alors cette fois, je vous partage donc l'une de ces édifiantes missives qui polluent fréquemment ma boîte de courriels.

J'ai donc reçu cette nouvelle perle littéraire à minuit et demi, dans la nuit de mercredi à jeudi. Vous noterez d'entrée de jeu qu'il faut être bien malade entre ses deux oreilles pour dédier ses énergies à composer et envoyer ce genre d'inepties délirantes, par surcroît à une heure aussi tardive. Seul une attitude de hyène enragée peut expliquer un pareil phénomène. Voici ce que donne l'édifiante missive en question:

À : "Laprès Daniel" <dlapres@yahoo.ca>
Objet: Le fanatisme hystérique à l'état pur
De :
LG.Qc@voila.fr
Date : Thu, 15 Mar 2007 00:18:33 -0400

Re :
http://www.expressoutremont.com/article-84732-La-complainte-du-fou.html
(et lapresd.blogspot.com/ - dlapres@yahoo.ca)

Hélas ! vous avez bien raison, madame François et M. Jasmin : ce cas Laprès relève de la pathologie mentale.
Un pareil mélange de masturbation publique et de fanatisme idéologique, ce n'est pas fréquent dans une société évoluée comme celle du Québec.
C'est l'exception qui confirme la règle, je suppose.
Dieu que cet individu est ridicule...
L.
(anonymat non par dissimulation, mais pour éviter de recevoir les imbécilités que vous acheminez à longueur de journée aux gens qui ne partagent pas votre hystérie politique aux odeurs talibanes. Vous êtes vraiment, mon cher Laprès, d'un pathétique qui tourne à la farce la plus insignifiante qui se puisse imaginer. Et bien franchement, je crois que vous avez besoin de soins cliniques)


Bon, j'imagine que vous aussi avez trouvé ça bien brillant et édifiant...

Le lien auquel le début du message renvoie est l'écrit que le grand humaniste et très mesuré Claude Jasmin, qui est l'un des gourous de l'aile réactionnaire du mouvement nationalisto-indépendantiste, avait dédié à un article que j'avais fait paraître dans La Presse du 28 janvier dernier. Jasmin avait d'abord publié son ramassis de conneries délirantes le 4 février sur son site web ; mais, chroniqueur à l'hebdo L'Express d'Outremont, Jasmin a recyclé ce même texte en le faisant paraître plus d'un mois plus tard dans ce journal, probablement parce que ce soi-disant grand écrivain se trouvait alors en panne d'inspiration, ce qui est d'ailleurs bien typique d'un individu qui est depuis déjà longtemps surtout connu pour ses radotages, avec son vieux discours nationaleux étroit et usé jusqu'à l'os. Je m'étais d'ailleurs bien amusé à répondre à Jasmin dans un billet récent.

Vous trouverez en prime au bas du texte de Jasmin tel que paru sur le site de L'Express d'Outrement les commentaires complètement délirants d'une certaine Mathilde François et d'un certain Nicolas St-Gilles, lequel m'avait déjà consacré un courriel rempli d'inepties hystériques, et cela tandis qu'il ne semblait avoir rien de mieux à faire par un beau dimanche après-midi d'août.

Quant à la hyène enragée qui m'écrivait tard mercredi soir, ce n'est pas la première fois qu'elle me dédie sa rage. Toujours réfugiée derrière un courageux anonymat qu'elle justifie de manière méprisable, elle m'avait en effet envoyé le même genre de prose hystérique en mai dernier, ce dont je parlais d'ailleurs dans un billet que j'avais écrit cette fois-là. Le plus drôle, c'est que notre hyène enragée, à l'instar d'ailleurs de son comparse Nicolas St-Gilles, souffre gravement de projection psychologique : elle ne cesse de me traiter de «fanatique» et d'«hystérique», mais elle n'est jamais capable de montrer en quoi que ce soit comment je mériterais ces qualificatifs, et il est évident que son ton à elle et les termes qu'elle emploie relèvent de ces mêmes attitudes. Aussi, elle ne semble pas capable de beaucoup d'imagination dans ses charges délirantes : tandis que je qualifie d'Imam ce chef spirituel de l'aile réactionnaire et intégriste du mouvement nationalisto-indépendantiste qu'est Pierre Falardeau, voilà qu'en retour notre hyène parle de moi comme d'un «taliban». Je gage d'ailleurs que, dorénavant, cette hystérique en manque d'inspiration va se mettre à parler de moi comme d'une «hyène»...

N'importe qui, à lire les écrits de Falardeau, peut reconnaître que ce personnage mérite fort bien son titre d'Imam. Quant à mes propres écrits, je suis certes très dur pour l'aile fanatique et réactionnaire du mouvement indépendantiste, mais je sais aussi être très modéré et respectueux à l'égard des indépendantistes démocrates et intelligents qui, contrairement à notre hyène et M. St-Gilles, savent discuter et présenter des arguments raisonnables. Et aussi, je sais critiquer mon propre camp et certaines instances du gouvernement fédéral comme la GRC, et cela même durement, comme je l'ai montré à maintes reprises sur ce blogue. L'une des caractéristiques principales du fanatisme est justement l'adhésion inconditionnelle et aveugle à une idée, ce qui est loin d'être mon cas. Donc, on peut certes me trouver très persistant et convaincu, mais de là à pouvoir me taxer de fanatisme ou d'hystérie, il y a une marge énorme que seuls les vrais fanatiques et hystériques, sous l'effet de la projection psychologique qui s'est emparée de ce qui leur sert de cerveaux, n'hésitent pas, eux, à franchir.

Il y a aussi une caractéristique assez hilarante dans les propos de Nicolas St-Gilles et de notre hyène enragée (qui est fort probablement Mathilde François, alias Jolière, alias Marianne Vaucouleurs, alias Hélène Pisier, vu son style d'écriture empreint d'un délire inimitable et son recours obsesssionnel au thème de la masturbation, thème de prédilection de cette personne probablement très frustrée dans son quotidien). En effet, leurs propos sont d'une constante redondance, répétant toujours les mêmes niaiseries réactionnaires. Mais, là non plus, il ne faut pas s'étonner d'un pareil manque d'imagination, bien typique de gens qui en sont réduits au radotage d'inepties qu'ils ne sont même pas capables de renouveler au moins un peu.

Mais bon, faut pas trop s'en faire avec ces pauvres d'esprit, qui inspirent plus de compassion qu'autre chose car ces gens doivent sûrement avoir une vie bien plate et bien triste pour se permettre de perdre leur temps ainsi. Et, de toute façon, ces gens, on peut le parier, ne seraient sûrement pas assez courageux pour sortir de l'anonymat bien confortable derrière lequel ils se cachent pour répéter en pleine face à une personne ce qu'elles osent écrire à son sujet sur le web.

Enfin, vous aurez noté que la hyène enragée justifie la lâcheté de son anonymat en invoquant sa crainte de me voir lui répondre. Mais qu'elle se rassure : contrairement à elle, je ne suis pas assez fou, ni assez fanatique et hystérique, pour envoyer des courriels anonymes et haineux, et encore moins aux petites heures de la nuit ; je n'ai pas non plus de temps à perdre avec des lâches, et aussi, n'étant pas un psychiâtre, je n'ai pas les compétences requises pour traiter les cas de son espèce, qui relèvent surtout du délire paranoïaque et de la projection psychologique la plus flagrante.

Et si elle pense m'intimider ou me faire taire, notre hyène se trompe grossièrement : non seulement elle perd royalement son temps, mais en plus elle me fait me tordre de rire à chaque fois qu'elle se donne la peine de m'envoyer ses conneries. Au fait, notre hyène enragée, puisqu'elle affectionne de se cacher derrière son courageux anonymat et que, de ce fait, ses crocs ne peuvent pas faire peur à grand monde, me fait surtout penser à ces «chiens édentés qui agitent la queue» dont parle notre ami Pierre K. Malouf dans son livre que je présentais ici il y a quelques semaines...
Matière à réflexions...

J'ai acheté cette semaine le livre Le fascisme en action (éditions du Seuil, collection Points H371) de Robert O. Paxton (photo ci-contre), historien et professeur à l'Université Columbia (New York). Paxton est une autorité reconnue internationalement pour son expertise sur l'histoire et l'idéologie du fascisme. J'avais découvert cet historien en visionnant le documentaire Je me souviens, d'Éric Scott, dans lequel Paxton défend la crédibilité de l'historienne québécoise Esther Delisle, contre laquelle, au cours des années 90, s'en était pris une certaine orthodoxie nationaliste.

En conclusion de son ouvrage, Robert O. Paxton définit dans les termes suivants les «passions mobilisatrices» qui sous-tendent l'émergence du fascisme :

"On peut définir le fascisme comme une forme de comportement politique marquée au coin d'une préoccupation obsessionnelle pour le déclin de la société, pour son humiliation et sa victimisation. (...) Beaucoup de ces idées (celles du fascisme) relèvent davantage du domaine des affects et des sentiments viscéraux que de celui de propositions raisonnées :

- la primauté du groupe, envers lequel les devoirs de chacun sont supérieurs à tous les droits, individuels ou universels, et la subordination à lui de l'individu ;


- la croyance que le groupe d'appartenance est une victime, sentiment qui justifie n'importe quelle action, sans limitations légales ou morales, menée contre les ennemis, internes ou externes ;

- la peur du déclin du groupe sous les effets corrosifs du libéralisme individualiste, ou des influences étrangères ;

- le besoin d'une intégration plus étroite, d'une communauté plus pure, par consentement si possible, ou par la violence exclusiviste, si nécessaire ;

- la beauté de la violence et l'efficacité de la volonté, quand elles sont consacrées à la réussite du groupe ;

- le besoin d'une autorité exercée par des chefs naturels, culminant dans un super-chef présent et national, seul capable d'incarner la destinée historique du groupe.

Selon cette définition, le fascisme (et les comportements correspondant à ces sentiments) existe encore aujourd'hui ; il existe dans tous les pays démocratiques. Renoncer aux institutions libres, en particulier à celles des groupes dont on se méfie, est un thème séduisant récurrent parmi les citoyens des démocraties occidentales. Pour avoir suivi l'itinéraire du fascisme, nous savons qu'il n'a pas besoin de lancer quelque «marche» spectaculaire sur une capitale pour prendre racine ; tolérer des décisions apparemment anodines touchant à la manière de traiter les ennemis nationaux y suffit."


Il me semble qu'il y a dans ces éléments de définition de quoi donner à réfléchir sur la réalité qui est, à bien des égards, la nôtre aujourd'hui... Mais bon, je laisse le tout à votre jugement et à votre libre réflexion...

jeudi, mars 15, 2007

Soutenons
nos librairies
indépendantes


Au cours des dernières années, on a assisté au Québec à l'expansion des grosses chaînes de librairies comme Renaud-Bray ou Archambault, qui se sont mises à envahir le territoire avec d'agressives politiques de vente. Mais les gens qui ont vraiment à coeur ce pan crucial de notre vie culturelle qu'est le livre ne peuvent pas y trouver matière à réjouissance, et cela pour plusieurs raisons.

D'abord, l'appétit démesuré des grandes chaînes pour le seul profit fait réduit le livre à l'état d'une simple marchandise comme une autre, comme si nous assistions à une "wal-martisation" du marché du livre. De plus, cet appétit vorace peut s'avérer aveugle, comme l'a démontré il y a quelques années la quasi-faillite de la chaîne Renaud-Bray, qui s'était mise à répandre des succursales un peu partout sur le territoire, en se planquant souvent, notamment en région, juste en face de librairies indépendantes, et cela dans le but de les éliminer, tandis que ce sont ces mêmes librairies indépendantes qui ont, de tout temps au Québec, assuré à bout de bras la diversité et la qualité de l'offre dans le domaine du livre. Cette quasi-faillite avait entraîné des impacts très graves pour les distributeurs et éditeurs de chez nous, qui avaient perdu des sommes colossales dans cette aventure, et dont plusieurs ont mis beaucoup de temps à se remettre, alors que l'on sait combien le milieu du livre est devenu fragile au Québec.

Il est d'ailleurs frappant de constater combien la prolifération des chaînes a surtout contribué à rétrécir et à appauvrir la diversité du choix des consommateurs. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer le nombre des titres offerts dans les stocks permanents de ces chaînes avec ceux offerts par la plupart des libraires indépendants : par exemple, une petite boîte comme celle que je fréquente, la Librairie du Square à Montréal (3453 rue St-Denis), conserve dans ses stocks permanents bien plus de titres que n'importe quelle succursale de Renaud-Bray. Ceci sans parler du service à la clientèle : en commandant un livre chez un libraire indépendant, non seulement le service s'avère souvent beaucoup plus rapide, mais aussi le libraire se démènera la plupart du temps pour vous obtenir un ouvrage devenu difficilement accessible sur le marché. Et ceci sans mentionner le fait, souvent avéré, que le libraire indépendant vous informera sans hésiter de la disponibilité d'un livre en format poche, donc beaucoup moins coûteux que son format d'origine.

Fort heureusement toutefois, les librairies indépendantes s'organisent pour faire face au défi posé par la voracité des grandes chaînes. Par exemple, elles diffusent depuis quelques années un magazine de très haute qualité, Le libraire, que l'on peut se procurer gratuitement en librairie et qui, à chaque numéro, présente en profondeur des dizaines et des dizaines de recensions et critiques de livres dans toutes les catégories: romans, essais, poésie, théâtre, etc. De cette manière, le client peut être mis au courant de ce qui sort, et peut orienter ses choix de manière informée. Cette publication nous change, pour le mieux, des simples brochures publicitaires des grandes chaînes, qui ne nous disent rien sur le contenu réel d'un livre et qui ne visent qu'à nous le vendre à tout prix. De plus, le site web du magazine Le Libraire constitue en soi un véritable portail du livre au Québec, qui permet de prendre connaissance de l'actualité et des enjeux du livre et de la littérature en général, en plus de constituer une tribune de choix pour nos auteurs et éditeurs.

Aussi, les librairies indépendantes ont formé récemment une structure dynamique, nommée simplement Les librairies indépendantes du Québec (LIQ), fruit d'une entente entre l'Association des libraires du Québec et le magazine Le Libraire. Regroupant près de 70 librairies indépendantes, les LIQ, en se rassemblant ainsi sous une même bannière promotionnelle, peuvent mieux présenter ce qui les caractérise par rapport aux grandes chaînes: proximité, diversité et qualité du service. Réparties sur l'ensemble du territoire du Québec, les LIQ constituent ainsi, et de loin, le plus grand diffuseur de livres du Québec. Les lectrices et lecteurs peuvent ainsi disposer d'une garantie de diversité de l'offre littéraire, ce qui, dans le monde d'uniformisation où le best-seller a tendance à occuper tout le terrain au risque d'appauvrir la diversité et la qualité de l'offre, est certes une très bonne nouvelle.

Pour ma part, je me fais toujours un devoir, sinon une fierté, d'appuyer nos libraires indépendants, et cela parce que j'aime le monde de l'édition de chez nous, qui réussit à produire un nombre impressionnant d'ouvrages de qualité malgré le fait qu'éditer un livre est toujours une entreprise risquée. Mais en bout de ligne, par leurs efforts de tous les instants visant à assurer une offre diversifiée, les librairies indépendantes rendent un service énorme à notre culture et à la libre expression des idées, tout en permettant à notre imaginaire collectif de se déployer et de s'exprimer dans toute sa richesse et sa vitalité.

En ce sens, acheter un livre chez un libraire indépendant, c'est poser un geste concret de confiance et d'attachement à l'égard de notre culture, et c'est aussi soutenir nos éditeurs et nos auteurs, dont les livres gagnent à être vus et conservés dans les étalages. Donc, la prochaine fois que vous voudrez vous procurer un livre, je vous invite à réfléchir à tout ceci, et à poser un geste en conséquence, car sans un monde du livre fort, ouvert, diversifié et dynamique, c'est l'expression de ce que nous sommes en tant que société qui s'en trouverait diminuée.

Trouver une librairie indépendante dans votre région ou quartier est bien facile : on n'a qu'à faire un clic sur cette page du site du journal Le Libraire : LIQ

jeudi, mars 08, 2007

La liberté, elle est à vivre...

D'entrée de jeu, je vous confie avoir spontanément voulu donner à ce billet le titre de "Propos d'un homme libre". Mais j'ai hésité tout de suite, pour ensuite me dire : «Ah non, je ne suis pas pour verser dans ça à mon tour...». Par « ça », je veux dire cette foutue tendance qu'on connaît au Québec à accoler le titre de "libre" au premier venu qu'on entend gueuler un peu fort, mais cela, bien sûr, à condition qu'il entre en plein dans le mainstream de la pensée unique à la québécoise, de ce prêt-à-penser qui n'est pas autre chose que cette "vulgate sociale-nationale", comme le dit si bien le philosophe Michel Morin, et qui tapisse mur à mur notre scène publique, intellectuelle et culturelle.

L'usage des mots est donc devenu pernicieux dans notre coin d'Amérique. Si tu dis exactement ce que l'intelligentsia dominante veut t'entendre dire, donc si tu te soumets à la condition absolue de tenir un discours nationalisto-indépendantiste, tout en te donnant des airs (j'insiste: des airs seulement) de go-gauche, tu te feras aussitôt couronner du titre d'homme ou de femme "libre". Mais si tu décides d'assumer réellement ta liberté en osant exprimer le moindre point de vue discordant par rapport à la pensée unique à la québécoise, tu deviens vite un pestiféré, un infréquentable et, dans certains cas, on ira jusqu'à s'interroger sur ta santé mentale.

Un exemple de cette manie répandue du détournement du sens des mots? Prenons François Parenteau, le chroniqueur du magazine Voir. Figurez-vous que ce gars-là a nommé sa chronique "Impertinences"... Eh oui... Pourtant l'impertinence, la vraie, est, comme on le sait, censée supposer une certaine liberté d'esprit, et une capacité à choquer les adeptes de tous les prêts-à-penser. Pour être réellement impertinent, il faut aussi ramer à contre-courant. Mais quand on lit Parenteau, on ne retrouve que tout ce qu'il faut pour plaire à la classe bien-pensante et "bon-chic-bon-genre" du Plateau Mont-Royal et des élites culturelles qu'on voit tout le temps à «Tout le monde en parle», c'est-à-dire une répétition ad nauseam des lieux communs, idées reçues et slogans creux du nationalisme le plus traditionnel et indécrottablement consensuel, avec en prime les litanies et radotages de cette gauche-caviar bien-pensante qui aime bien se parer des jolis atours d'un pseudo altermondialisme.

(Au fait, il échappe à Parenteau que ce sont les nationalistes québécois qui ont eu le plus d'influence dans l'entrée du Canada dans le libre-échange, qui est le moteur principal de cette mondialisation des marchés qu'il dénonce... Mais que voulez-vous, quand on est faux jusqu'au point de se prétendre impertinent quand on ne l'est pas du tout, il est normal de se mettre la tête dans le sable pour préserver la foi dans le dogme qu'on répète avec sa propre tribune).

"Impertinent" donc, le cher Parenteau ? Foutaise! En réalité, tout ce dont ce gars-là semble être intellectuellement capable, c'est du conformisme le plus plat et le plus rampant, en plus d'être parfaitement prévisible avec sa chronique qui ne suscite jamais de surprise tellement son discours est toujours le même et qu'il tourne à vide. Le pseudo impertinent Parenteau ne sera jamais une brebis galeuse pour les tenants de l'idéologie dominante du Québec d'aujourd'hui. Qu'il se rassure s'il croit le contraire : son nom ne sera jamais hué aux congrès du PQ et du Bloc, ni au gros show de la St-Jean-Baptiste, et les élites nationalistes, que ce soit au niveau politique, syndical ou culturel - y compris au moins deux anciens premiers ministres du Québec, Parizeau et Landry - sans oublier ce grand humaniste et démocrate qu'est l'Imam Falardeau ou encore l'inévitable Gérald Larose, le trouvent tous très pertinent, le Parenteau, et ils seront toujours là pour lui donner de réconfortantes tapes dans le dos, en lui disant : «Enwouaye mon François, lâches pas, toé t'es un vrâââ patriote!!!» D'ailleurs, on peut parier qu'il sera se verra décerner un de ces jours le titre flagorneur (ça flagorne dans ces milieux-là comme c'est pas croyable!) de "Patriote de l'année" par l'archaïque Société St-Jean-Baptiste, dont l'histoire est parsemée de tant de belles choses...

Donc, pour avoir affaire à de la vraie impertinence, celle qui provoque, qui étonne et qui choque, celle qui exprime vraiment un minimum de liberté d'esprit, celle qui a l'audace de sortir du mainstream et du confort que procure la pensée unique, mieux vaut aller Voir ailleurs...

De l'impertinence, la vraie donc, celle qui dérange, perturbe, surprend - et pas seulement sur le plan politique ou intellectuel, mais aussi sur le plan humain - on en trouve effectivement ailleurs. J'en ai trouvé pas mal dans le dernier livre de René-Daniel Dubois, Entretiens, paru l'automne dernier aux éditions Leméac. Impertinent, d'abord dans la forme, car j'avoue que, dans un premier temps, je me suis retrouvé dérouté par la facture de cet écrit, qui constitue en fait un entretien entre Daniel et René-Daniel Dubois. On en arrive toutefois assez vite à comprendre que Daniel, c'est la personne privée qui est enfouie sous le René-Daniel qu'on connaît publiquement, le dramaturge et l'artiste. Mais tout de même, voilà un style littéraire qui déconcerte au premier abord, et c'est tant mieux.

Cette forme d'écriture n'est pas seulement originale. Elle permet également de saisir plusieurs des sentiments intimes, doutes, hésitations et interrogations que vit l'auteur non seulement par rapport à lui-même dans son existence quotidienne, mais aussi par rapport aux milieux qui sont les siens, du monde des arts à la société québécoise en général. Ainsi, Dubois prend le lecteur à témoin de son propre recul par rapport à lui-même et à tout ce qui tourbillonne, à tout ce qui stagne aussi, dans le Québec d'aujourd'hui. Et il faut admettre qu'il en faut de l'impertinence, pour se livrer ainsi, quasi à nu même si c'est toujours avec une certaine pudeur, au premier lecteur venu, qui ne peut sortir indemne d'une lecture qui n'est rien moins que confrontante.

Impertinente aussi, cette liberté qu'assume Dubois, ce pestiféré infréquentable pour nos bien-pensants nationalistes parce qu'il sait nommer les choses, dont celles qui ne sont pas belles du tout, par leur vrai nom, et cela tant au sujet de l'histoire telle qu'elle a été, avec ses réalités soigneusement occultées par les gardiens du temple nationaliste, que concernant les conformismes d'aujourd'hui et l'étouffement moral et intellectuel qu'ils entraînent. Pour cette raison, Daniel alias René-Daniel est donc vu par nos élites comme une brebis galeuse, et ceci pas parce que la brebis en question aurait vraiment la gale, mais plutôt parce qu'elle refuse de se laisser tondre la pensée sans se débattre. Il dit, cet impertinent, des choses qui au Québec ne se disent pas impunément lorsqu'on refuse de les penser en silence:

«René-Daniel : Pourquoi est-ce que vous détestez tellement le nationalisme?

Daniel: J'ai quarante mille raisons, toutes excellentes. Mais je ne vais vous en donner qu'une.


Parce que c'est un mensonge. Une drogues à mensonges. À délires.

Son inventeur, l'antidreyfusard Maurice Barrès, à la fin du XIXe siècle, a été très clair à ce sujet : le coeur du nationalisme, c'est un vertige. Un vertige identitaire. Un vertige, c'est-à-dire l'envers de la pensée. Un vertige auquel chacun est obligé de se soumettre, à défaut de quoi il est passible des pires accusations. Or c'est un mensonge qui est sorti tout droit de l'esprit Lidenbrock : le nationalisme est un autre fruit du positivisme. Et, naturellement, étant le fruit du positivisme, il est nécessairement totalitaire dans sa nature, et tôt ou tard belliqueux dans sa forme. Il a été inventé, nommément inventé, pour combattre la démocratie moderne : les droits individuels.

J'ai horreur du nationalisme, de toutes les fibres de mon âme, parce qu'il se résume à une injonction d'abdiquer la conscience et de renoncer à la plus grande quête qui soit : celle de l'individualité, de la prise en main de son propre destin et du dialogue avec nos semblables. C'est tout, je n'ai pas un mot de plus à dire sur le sujet.

R. : Je...

D. : J'ai dit : c'est tout!

R. : ...

D.: ... »

«C'est tout!», nous dit donc Daniel... Cela veut-il dire qu'il ne se prononcera plus jamais sur la question? À lire l'ensemble de ce livre, où le nationalisme n'occupe pourtant que quelques paragraphes sur plus de 600 pages, on peut quand même en douter... (j'avoue avoir pensé jusqu'à encore tout récemment qu'il se tairait pour toujours là-dessus, à force d'avoir été calomnié et vicieusement attaqué en bien des manières ; mais là, je pense m'être trompé...). D'abord, ce «tout» est en fait déjà beaucoup. Mais aussi, l'animal est trop farouchement épris de liberté pour se laisser museler à jamais par quelque inquisiteur que ce soit, sur ce sujet comme sur tous les autres enjeux, ceux-là humains, culturels et sociaux, qui le préoccupent et qui, en fait, en préoccupent tout de même plusieurs, même au Québec où la pensée est engourdie, sinon sclérosée, par le ronron de l'unanimisme nationaliste. Engourdie, certes, mais cependant pas pour toujours, à cause de ce qu'on peut parfois percevoir dans ce qui chez nous se vit, se cherche, se démène, la plupart du temps à contre-courant du dogme et des prêts-à-penser.

En somme, je dirais que ce que Daniel alias René-Daniel nous lance (sans le dire comme tel dans le livre mais en l'exprimant quand même en bien d'autres termes qui lui sont propres), c'est qu'il ne sert à rien de se parer - ou de se laisser flatter - du titre d'homme libre si on ne vit pas réellement comme un homme libre. Et aussi, que la liberté est moins une affaire de paroles que d'agir concret. En un mot, que la liberté, elle est surtout à vivre... En lisant ce livre, on comprend comment l'auteur la vit, sa liberté. Devant quoi, le lecteur ne peut pas faire autrement que de se confronter à lui-même, et de se demander comment, lui-même, il pourra la vivre, sa liberté...

Pour en savoir plus sur René-Daniel Dubois, voir les articles suivants sur le site de Latitude 45 :

Une conscience et son double
René-Daniel Dubois en orbite
Ode à la résistance

mercredi, mars 07, 2007

Exit l'esprit de colonisé... mais pour de vrai!

Il est de bon ton chez nos nationaleux et séparateux invétérés de s'en prendre à ceux qui ne partagent pas leurs étroites visions identitaires et collectivistes en les traitant de «colonisés». Sauf que, dans la réalité des choses, on se rend compte, en étudiant la question de près, que les vrais colonisés ne sont pas nécessairement là où certains aiment le prétendre. Mais en un sens, on peut les comprendre: quand on se réfugie derrière des slogans creux et des expressions vidées de leur vrai sens, il est normal d'en arriver à ne plus se regarder soi-même, dans sa vraie réalité, pour ensuite accuser les autres de porter nos propres tares.

Par exemple, l'ineffable Imam Pierre Falardeau, Guide Spirituel de l'aile intégriste et réactionnaire du mouvement indépendantiste, illustre fort bien ce qu'est un parfait taré qui se croit lui-même libre des tares qu'il voit chez celui qui pense différemment de lui: l'un des thèmes de prédilection de ce marginal autoproclamé - mais en même temps chouchou des médias qu'on voit et entend partout - consiste à gueuler que le Québec serait un «pays conquis qu'il faut libérer de ses chaînes». Mais quand on examine sérieusement la réalité des choses, on se rend bien compte du fait que ce qui est «conquis», c'est surtout l'imaginaire revanchard et réactionnaire de notre risible bouffon «national», et que là où il y a des «chaînes», c'est surtout dans la tête de l'Imam Falardeau lui-même, incapable qu'il est de vivre au présent et de se libérer d'une conception de l'histoire qui est complètement tronquée et paralysée par une vision qui réduit les Québécois à l'état de «pauvres victimes». Ceci sans insister sur le fait que l'Imam Falardeau et son troupeau de fidèles brebis bêlantes se gargarisent du mot de «liberté», mais tout en déniant le droit à autrui de jouir de la liberté de penser autrement qu'eux. Et pas besoin d'être fédéraliste pour subir la très réactionnaire matraque falardienne: les indépendantistes qui se montrent à peine plus modérés et moins fanatisés que lui, y goûtent régulièrement eux aussi.

L'Imam Falardeau, avec quelques autres de ses semblables adeptes de la pensée fossilisée, occupe d'ailleurs une bonne place dans le livre que je vous présente aujourd'hui, Le roman colonial (également disponible en anglais chez Douglas & McIntyre) de l'écrivain Daniel Poliquin, un auteur de romans fort remarqués et célébrés par la critique et par de nombreux prix littéraires, dont entre autres L'écureuil noir il y a une dizaine d'années et, plus récemment, La Kermesse.

Poliquin, on le sent bien en lisant ce livre, n'est vraiment pas du genre à se laisser intimider par les torrents d'insultes haineuses éructées constamment par nos réactionnaires nationaleux et séparateux contre ceux qui commettent non seulement l'hérésie de penser différemment d'eux, mais, surtout, de le dire sans gêne aucune. Bien au contraire de toute inhibition imposée, il s'amuse joyeusement à les montrer pour ce qu'ils sont en réalité: des peureux qui trouvent leur confort dans un tissu de certitudes absolues et fondées sur des mythes et clichés débilitants quant à la réalité d'hier et d'aujourd'hui.

Pour établir sa démonstration toute festive, Daniel Poliquin emploie deux personnages fictifs qu'il a créés, mais dont l'esprit et la mentalité sont bien ancrées dans la réalité québécoise d'aujourd'hui: Monsieur Labine et Monsieur Lesieur, l'un s'étant détourné de la foi béate en une histoire forgée des mythes fondateurs propres à la "gloire nationale" et qui s'intéresse davantage au présent et à l'avenir, et l'autre restant braqué dans une stérile lutte pour la "survivance", qui reste essentiellement fondée sur le manque de confiance en soi et sur la peur de l'Autre.

Par ces deux Messieurs, on passe ainsi en revue tous nos ténors nationalistes d'hier et d'aujourd'hui, «mous» comme «purs et durs», mais qui carburent tous à la même sauce revancharde et peureuse. Poliquin prend la liberté de débusquer leurs discours préfabriqués et leurs certitudes fossilisées, tout en remontant, avec de nombreuses preuves et citations à l'appui, à leurs sources essentiellement réactionnaires, héritées d'un chanoine Lionel Groulx et d'autres historiens d'extrême-droite comme Robert Rumilly (ce grand ami et protecteur d'une crapule nazie comme Bernonville).

Poliquin démontre aussi que l'adaptation du nationalisme d'aujourd'hui en un beau discours soi-disant «progressiste» et «civique» n'est au fond que de la foutaise lancée comme de la poudre aux yeux, car en dernière instance, c'est toujours la dimension ethniciste et frileusement identitaire qui l'emporte. En fait, on peut douter qu'un nationaliste qui se croit «sincère» et «ouvert» puisse sortir indemne d'une telle lecture, tellement les faits y sont présentés de manière lucide et étendue ; mais la plupart d'entre eux ont préféré jusqu'ici courageusement éviter de lire Le roman colonial. On peut les comprendre, puisque la vérité perturbe toujours les idées reçues, et plusieurs semblent préférer le doux confort que procure le fait de se plier au conformisme nationaliste , sans trop réfléchir à ses origines et à sa signification réelle pour aujourd'hui.

Mais tous ceux qui ne sont pas des adeptes du prêt-à-penser et de la pensée unique à la sauce nationaliste trouveront plaisir à lire Le roman colonial ; le seul risque qu'ils prendront en faisant cette lecture sera celui de prendre conscience de bien des réalités passées et présentes, tout en s'amusant ferme de la gouaille iconoclaste d'un Daniel Poliquin, qui nous montre à quel point, en matière de nationalisme, le Roi est bel et bien tout nu, même s'il ne s'en rend pas encore compte.

mardi, février 27, 2007

Une candidate pas comme les autres...

J'habite dans la circonscription de Mercier, et je dois dire que j'ai vraiment de la chance. Car voyez-vous, je ne suis ni indépendantiste ni nationaliste, et je suis aussi un progressiste qui déplore le fait que les partis politiques qui représentent les forces fédéralistes au Québec, et cela aux deux niveaux de gouvernements, ne sont pas connus pour embrasser naturellement les enjeux sociaux et humains, qui sont pourtant la principale raison d'être de l'action politique. En ce sens, il m'arrive trop souvent d'être mis face à des candidats qui ne suscitent pas beaucoup d'enthousiasme en moi, même si le choix pour un Québécois fédéraliste est surtout limité au parti libéral. En fait, il m'est même arrivé de ne pas voter libéral, incapable que j'étais de mettre mon "X" à côté du nom d'un candidat trop médiocre...

Pourtant, comme le disait le regretté sénateur du Minnesota Paul Wellstone, qui est une de mes plus grandes inspirations en politique (et qui à bien des égards ressemble beaucoup à Nathalie, mais j'ignore si elle le sait), la politique n'a qu'un but: rendre meilleure la vie des gens. C'est simple, c'est clair, et pas besoin d'un doctorat pour comprendre ça.

Si j'ai vraiment de la chance, comme je vous disais, c'est que la candidate libérale dans mon comté de Mercier est Nathalie Rochefort. Nathalie est non seulement une candidate pas comme les autres, mais aussi une libérale pas comme les autres. Si vous la rencontrez, vous vous en rendrez vite compte. D'abord, son style, bien naturel, est aux antipodes du politicien "têteux" qui ne semble s'intéresser à vous que pour quêter votre vote. Ce qui frappe chez elle, c'est qu'elle vous aborde d'emblée comme si vous étiez de sa "gang". Et sa " gang" à elle, ce ne sont pas les apparatchiks d'un quelconque appareil partisan, mais ceux qui s'activent pour la justice sociale, qui refusent que des gens soient exclus dans notre société, et qui, comme elle le dit à chaque fois qu'elle en a occasion, sont «complètement outrés par le fait que l'humanité, capable de si grandes choses, accepte encore la pauvreté, la faim, l'absence d'éducation, la maladie, l'exploitation, le racisme et la discrimination». Voilà un discours qu'on n'entend pas assez souvent en politique.

Nathalie dit ces choses, mais elle ne fait pas qu'en parler. Le fait qu'elle est candidate n'est qu'une suite logique de son implication sur le terrain en faveur de la justice sociale et de la dignité humaine: «Je choisis la politique pour contribuer aux changements dans ma communauté». En cela, elle est une femme de parole et d'action, pour qui les paroles doivent être suivies de gestes concrets. Ayant toujours été solidaire de ces grands exclus s'il en est que sont les jeunes de la rue, Nathalie vient du milieu des organisations populaires et communautaires, où elle milite pour faire valoir les droits des jeunes, des gais et lesbiennes et des démunis, tout en encourageant toutes les personnes qui peuvent aider notre société à évoluer dans un sens plus juste, où chacun a sa place pleine et entière, peu importe ses différences ou sa condition sociale et culturelle.

À mes yeux, Nathalie est une vraie anti-conformiste. Cependant, je ne l'ai jamais entendue se qualifier elle-même de la sorte. Son non-conformisme, elle le vit, tout simplement.

En avril 2001, elle avait causé toute une surprise en se faisant élire députée de Mercier lors d'une élection partielle. Députée durant deux ans, cette fonction ne l'a pas changée, bien au contraire, car Nathalie n'a durant ce temps jamais renoncé à se considérer comme une personne du milieu, se foutant pas mal des honneurs et du prestige dont bien trop de politiciens sont avides. D'ailleurs, lors de son assermentation comme députée, elle avait réuni en plein Salon Rouge de l'Assemblée nationale un grand nombre de jeunes de la rue et d'exclus de toutes sortes, pour bien signifier que sa priorité à elle, ce sont ces gens-là, et non les bonzes de la politique et des médias, qu'elle a d'ailleurs toujours refusé de courtiser.

Et aussi, Nathalie ne craint pas de déranger même les apparatchiks de son parti, qui ont bien besoin de se faire brasser la cage, et cela plus souvent qu'autrement, sur les enjeux sociaux et humains. Pour elle, être libéral, c'est aussi travailler pour que chacun et chacune dans la société puisse devenir ce qu'il est, se réaliser, s'épanouir, jouir des libertés et des droits qui lui sont dûs en tant que citoyen et citoyenne. En ce sens, le libéralisme politique de Nathalie se conjugue intimement avec la justice sociale.

Alors qu'on est dans une époque où les politiciens suscitent généralement la méfiance, sinon le mépris, il me paraît évident qu'on a besoin d'une Nathalie Rochefort à l'Assemblée nationale, afin que les sans-voix puissent trouver en elle une porte-parole libre, engagée et déterminée. Donc, dans le comté de Mercier, ceux qui croient que, par-delà les idéologies de toutes sortes, la politique est avant tout une affaire de construction d'une société meilleure et sans exclusion, ont en Nathalie Rochefort une option capable de satisfaire leurs vues.

C'est pourquoi j'appuie avec enthousiasme Nathalie Rochefort, et c'est avec beaucoup de fierté et de confiance que, le 26 mars, je mettrai mon "X" à côté de son nom.

lundi, février 26, 2007



MM. Lester et Philpot me répondent

Messieurs Normand Lester et Robin Philpot, militants indépendantistes et co-auteurs du livre Les secrets d'Option Canada, ont eu l'amabilité de répondre à l'article que j'ai publié vendredi dernier dans La Presse. Vous pourrez trouver l'intégrale de leur réponse sur cette page de la tribune libre du site indépendantiste Vigile.

Bien entendu, le propos de MM. Lester et Philpot démontre qu'ils restent fermement campés sur leurs positions, mais je dois cependant dire que le ton courtois et civilisé de leur réponse est tout à leur honneur, ce qui nous change pas mal des niaiseries délirantes qu'on trouve sur certains forums indépendantistes, ainsi que des radotages hystériques que n'ont pas manqué de dédier à mon article, et pour mon plus grand amusement, l'habituelle clique de zélés - bien sûr toujours sous le couvert bien confortable de pseudonymes - qui occupent le forum du site du journal intégriste Le Québécois, dont Bernard Landry, Jacques Parizeau et l'Imam Pierre Falardeau constituent à eux trois l'édifiante Sainte Trinité des supporteurs les plus célèbres.

Je prends donc la liberté de retourner leur politesse à MM. Lester et Philpot en leur répondant à mon tour.

D'abord, MM. Lester et Philpot m'invitent à "poursuivre mes recherches", en évoquant, sur la questions des bulletins de vote massivement rejetés dans les circonscriptions fédéralistes, le rapport du Directeur général des élections (DGE) de l'époque, Pierre F. Côté, et publié le 13 mai 1996. Je peux confirmer à ces messieurs que cela fait belle lurette que j'ai ce rapport en main, et je dois dire qu'il n'a rien de convaincant. L'enquête semble avoir été carrément bâclée et faite à la va-vite, avec notamment très peu de témoins rencontrés sur la masse énorme de ceux qui étaient disponibles et que, pour ma propre enquête, j'ai interviewés en grand nombre.

Aussi, M. Côté a bloqué toute tentative de recomptage des boîtes de scrutin qui étaient litigieuses, sous prétexte de la Loi sur les référendums, qui, contrairement aux élections législatives, interdit un recomptage dans une seule ou dans un certain nombre de circonscriptions. Bizzare de procédure que celle-là : le seul recomptage possible dans le cadre d'un référendum, d'après cette loi imposée par nul autre que le Parti québécois, devrait concerner la totalité des votes exprimés sur l'ensemble du territoire du Québec.

Évidemment, il y a là de quoi décourager quiconque voudrait remettre en question les résultats d'un référendum dans un ou quelques comtés, avec les frais juridiques et administratifs démesurés que cela occasionnerait pour les demandeurs, en plus de l'absurdité d'avoir à ouvrir toutes les boîtes de scrutin de tout le Québec, alors que les circonscriptions en cause sont aisément identifiables et cernables. La loi est peut-être la loi, mais cela ne signifie pas pour autant qu'elle soit juste dans les conditions actuelles, qui imposent des obstacles énormes à tout recomptage, donc à la transparence pleine et entière des résultats réels.

Aussi, je m'étonne franchement que MM. Lester et Philpot ne trouvent rien à redire, au moins sur le plan éthique, au sujet des taux anormalement élevés de bulletins rejetés dans des circonscriptions qui, comme par hasard, sont identifiées comme fédéralistes. Nos deux auteurs admettent tout de même, en citant le DGE, qu'il y a eu une "problématique importante", mais cette expression relève davantage d'un complaisant euphémisme qui semble fait pour éviter de nommer la chose par son vrai nom: un viol de démocratie. Pour défendre leur point de vue, ils emploient ainsi le terme de "problématique importante", pour nous renvoyer aussitôt au fait que, dans son rapport, l'enquête du DGE Côté "n'a pas révélé raison de croire qu'il y ait eu complot national orchestré".

Je peux rassurer MM. Lester et Philpot à l'effet que, par nature, je ne suis pas enclin à embrasser les théories du complot, quelles qu'elles soient. Je préfère m'en tenir à la froide observation des faits. Et les faits relatifs à cette affaire des bulletins rejetés me semblent toujours questionnables, malgré le rapport d'enquête du DGE. Contrairement à une élection législative générale, au référendum de 1995, ce n'était pas le parti du député élu dans chaque circonscription qui désignait les scrutateurs des bureaux de scrutin, mais le parti du gouvernement. Donc, c'était le Parti québécois qui avait choisi ces scrutateurs. Plusieurs parmi eux provenaient d'en dehors de ces circonscriptions, et un nombre substantiel de ces scrutateurs étaient des militants ou permanents syndicaux, les centrales syndicales étant alors étroitement alliées au PQ.

Bien entendu, il est difficile de prouver matériellement que ces scrutateurs auraient reçu une formation spéciale visant à rejeter un grand nombre de votes NON. Mais les résultats, eux, démontrent que quelque chose de gravement anormal s'est déroulé, avec des taux de rejet des votes NON qui sont démesurément disproportionnels par rapport à la moyenne de toutes les circonscriptions non touchées. Et ce phénomène s'est produit uniquement dans les comtés à prédominance fédéraliste.

Donc, peut-être qu'il n'y aurait pas eu "complot" à l'échelle de tout le Québec, mais dans bon nombre de circonscriptions bien ciblées et à prédominance fédéraliste, il s'est tout de même passé des choses nettement anormales et qui s'apparentent sérieusement avec, comme je l'ai évoqué plus haut, un viol de démocratie. On peut donc être justifié de douter que ces milliers de vote NON rejetés aient été le seul fruit du hasard ou d'une fantaisie spontanée des scrutateurs concernés. En ce sens au moins (et il y a bien d'autres dimensions de cette "problématique importante" sur lesquelles je travaille), l'enquête du DGE ne me paraît ni complète et ni crédible.

Sur le Conseil de la souveraineté, MM. Lester et Philpot n'ont pas manqué, dans leur réponse, d'affirmer que le DGE Côté leur a assuré qu'il a enquêté sur les faits questionnables que j'évoquais dans mon article, au sujet notamment des $1, 8 millions de fonds publics octroyés à cet organisme, et cela en pleine campagne référendaire, par le gouvernement du Parti québécois, en prétendant que c'était pour des dépenses engagées avant la campagne référendaire comme telle.

Mais je me demande si MM. Lester et Philpot ont vu le rapport de l'enquête en question: une déclaration d'une page et demie écrite à la main, datant du 3 septembre 1997, et un rapport de deux pages et demie indiquant qu'une seule entrevue a été faite par l'officier enquêteur du DGE (la personne interviewée étant vraisemblablement la directrice générale de l'organisme), et ne mentionnant nullement que les livres comptables de l'organisme aient été scrutés. Tout ce qu'on retrouve dans ce rapport d'enquête, ce sont des banalités sur le conseil d'administration du Conseil de la souveraineté, et quelques vagues évocations de sa mission. Et c'est tout. Si on appelle cela une "enquête", le moins qu'on puisse en dire est qu'il s'agit d'une farce de mauvais goût, d'autant plus si l'on tient compte de l'importance de la somme de fonds publics en cause dans cette affaire...

MM. Lester et Philpot ajoutent: «Pour les autres exemples donnés, il s'agit d'activités publiques lancées à divers moments pour les organismes cités. Rien n'a été caché (...)». Le problème est que l'on peut bien affirmer comme le font nos deux auteurs que "rien n'a été caché", mais ils ne démontrent strictement rien à l'appui de leur thèse. Les questions que je posais concernaient les stratégies syndicales établies dans un document de la FTQ et selon lequel un vaste nombre de permanents syndicaux devaient faire de la campagne référendaire leur "priorité d'action", et cela "jusqu'au jour du vote", en plus de mentionner les "ressources techniques" et autres mises à la disposition du Comité du OUI. J'ai scruté ligne par ligne le rapport officiel des dépenses du camp du OUI, et je n'ai absolument pu rien trouver (et j'ai pourtant cherché en diable!) concernant l'inclusion de la contribution syndicale qui était, comme le souligne le document de la FTQ que je citais, d'une importance telle qu'elle aurait dû figurer dans ce rapport.

Même chose au sujet de la vaste constellation d'organismes de toutes sortes qui militaient pour le OUI. Donc, il s'avère que bien des choses sont restées encore cachées à ce jour... Mais si MM. Lester et Philpot disposent d'informations concrètes permettant d'appuyer leurs dires, je serais ravi qu'ils m'en fassent part, et je fermerai volontiers cette partie du dossier.

Pour ce faire, et s'il le fallait, je peux même assurer M. Lester que, à l'image de l'intrépide redresseur de torts qu'il est, je ne ressentirais aucune gêne à plonger tête première dans les conteneurs à déchets d'un quelconque centre d'achats qu'il aurait la bienveillance de m'indiquer, afin que je puisse y trouver les documents relatifs aux dépenses et manoeuvres du camp du OUI, et qui à ce jour restent encore secrets...

MM. Lester et Philpot affirment que, selon eux, le problème est que le DGE ignorait l'existence d'Option Canada, et cela jusqu'au 22 mars 1997. Je veux bien les croire, car cela correspond aux faits. Voilà donc une chose qu'il faudra éviter à l'avenir de voir se reproduire. Mais, ceci dit, rien n'indique dans les montagnes de documents provenant du DGE et que j'ai étudiés à la loupe, que ce dernier connaissait également l'existence des documents relatifs à la stratégie syndicale que j'évoquais, ni les activités et dépenses des très nombreux organismes indépendantistes qui étaient actifs sur tout le territoire du Québec durant la campagne référendaire.

MM. Lester et Philpot poursuivent en évoquant la planification du comité pour le NON, et en mentionnant certains acteurs et partis politiques qui y jouaient leur rôle. Pourtant, je ne vois rien d'étonnant là-dedans. Il est bien normal que les deux camps constituaient des coalitions qui avaient intérêt à s'organiser et à planifier leurs stratégies. Le OUI a fait exactement la même chose avec sa propre coalition, qui comprenait les organismes que j'ai mentionnés et qui ne figurent nulle part dans le rapport des dépenses référendaires du camp du OUI.

Option Canada, ainsi que le Conseil pour l'unité canadienne d'où il émanait, faisaient partie de la coalition du NON, selon MM. Robin et Philpot. Je leur accorde volontiers que ce fait est plus que probable. Selon eux, «la grande question qui reste encore sans réponse est celle-ci: Qui de la coalition du NON savait quoi et à quel moment?»

Mais si, comme le prétendent MM. Lester et Philpot à la toute fin de leur réponse, l'enjeu consiste réellement à «assurer une plus grande transparence lors de tout futur référendum au Québec», il faut également poser, cette fois concernant les faits et questionnements que j'ai soulevés dans mon article au sujet des manoeuvres et dépenses non déclarées du camp du OUI, cette tout aussi "grande question" qui reste, elle aussi, sans réponse: Qui de la coalition du OUI savait quoi et à quel moment?

Les Québécois, quelle que soit leur option constitutionnelle, méritent que toute la lumière soit faite aussi là-dessus, et ainsi, nous pourrons tirer des leçons bénéfiques qui nous éviteront une situation trouble comme celle que nous avons tous subie en 1995.

dimanche, février 25, 2007

Langue de bois interdite

(+ une lettre inédite de Pierre K. Malouf à l'Imam Pierre Falardeau)

Plusieurs courriels reçus au cours des dernières semaines m'encouragent à parler de temps à autres de livres qui ne sont pas toujours parus au cours de la période récente, mais qui passèrent quasi inaperçus parce qu'ils n'entraient pas dans les cadres restrictifs de la pensée unique à la québécoise.

Le petit livre que je vous présente aujourd'hui, Lettre ouverte aux chiens édentés qui agitent la queue et à leurs chiots qui mordillent, est une sorte de coup de poing, un pavé lancé dans la marre des bien-pensants de toutes sortes, un gros NON aux idées reçues et aux prêts-à-penser. Les adeptes de la langue de bois liront ce livre à leurs risques et périls, car ils risquent d'en être traumatisés.

L'auteur, Pierre K. Malouf, est un ancien enseignant au primaire, et l'auteur de plusieurs pièces de théâtre et de quelques romans, dont Les enfants de Schubert (éditions Varia), qui fut très remarqué au moment de sa parution en 1999. Il a été aussi très actif au sein du Centre d'essai des auteurs dramatiques, et cela durant plusieurs années.

Malouf a entamé la rédaction de sa lettre ouverte quelques jours à peine après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, en réaction à certains discours stupéfiants de bêtise et tenus par les bien-pensants d'une prétendue gauche anti-mondialiste qui soit banalisaient l'horreur perpétrée ce jour-là, ou encore allaient jusqu'à la justifier, au nom d'un anti-américanisme primaire. Comme si c'était être "progressiste" que de trouver du bon à cet acte commis par des intégristes et fanatiques religieux, et de condamner seulement le dieu de Bush et non celui des talibans et autres extrémistes délirants. Toujours la logique du deux poids, deux mesure, en quelque sorte. Pour ma part, les deux "dieux" en question sont chacun à rejeter et à combattre, quoique, bien que Bush incarne tout ce qui me répugne le plus en politique, je suis d'accord avec Malouf à l'effet que «dans la bouche de Bush, Dieu est un hochet de circonstance, tandis que dans la bouche de Ben Laden, Dieu est un bâton de dynamite». Un certain sens de la nuance s'impose donc.

C'est qu'en fait, nos bien-pensants et nos belles âmes de la «gauche» antimondialisate semblent avoir perdu tout sens de la réalité et de la mesure, en trouvant bien peu à critiquer dans le fait de prendre des avions remplis de civils et de les projeter dans des gratte-ciels eux aussi remplis de civils. Ces gens se disent pourtant "progressistes", comme si un tel acte allait faire avancer la cause de la justice sociale et de la dignité humaine. D'ailleurs, notre fier imbécile national et Guide Spirituel de l'aile réactionnaire du mouvement nationaliste québécois, l'Imam Pierre Falardeau, était l'un de ces bien-pensants, comme l'a révélé en décembre dernier le journaliste Patrick Lagacé sur son blogue. Mais bon, on ne doit pas s'attendre à autre chose d'un type qui s'est fait une marque de commerce - assez rentable doit-on remarquer - en se vautrant allègrement dans le crétinisme fanatisé, donc on ne doit pas être surpris du fait que cet intégriste idéologique s'identifie davantage à un autre intégriste, celui-là religieux, Mohammed Attah (le leader des commandos-suicide du 11 septembre), plutôt qu'aux secrétaires et concierges qui sont morts eux aussi dans l'effondrement du World Trade Center.

Mais revenons au livre de Pierre K. Malouf, qui est pas mal plus intéressant que les éructations verbales grotesques et haineuses de ce saltimbanque auto-patenté et hochet consentant des médias assoiffés de cotes d'écoute qu'est l'Imam Falardeau...

Au fond, ce que Malouf a tenté, avec succès à mon avis, de faire en écrivant ce pamphlet percutant, c'est de brasser la cage et de dénoncer l'hypocrisie de ceux qui, sous couvert de lutte «anti-impérialiste», sont prêts à justifier n'importe quoi, même l'intégrisme religieux, au nom de cette même lutte. En ce sens, Malouf aura même fait figure de précurseur, en lançant un appel à la raison et au bon sens, renouvelé d'ailleurs l'an dernier par l'écrivaine de gauche et féministe française Caroline Fourest, dans son excellent et très lucide livre La tentation obscurantiste. Car c'est bel et bien d'obscurantisme qu'il s'agit, lorsqu'on se montre complaisant pour toute forme d'extrémisme et de haine, quelles que soient leurs motivations.

Et c'est encore plus vicieux lorsque cet obscurantisme se travestit en discours "progressiste" prétendant, au nom d'un collectivisme effréné et souvent délirant, vouloir "libérer" n'importe quoi, sauf les individus qui, pourtant, sont les seuls dans lesquels peut s'incarner réellement la liberté. Malouf, qui est tout sauf un de ces «chiens édentés» qu'il pourfend de sa plume acérée et sous l'appellation de laquelle il désigne les gueulards qui ne savent que gueuler en se parant des atours de ceux qui veulent "libérer" tout le monde mais toujours en leur nom et surtout à leur place, déchire à pleines dents leur fatuité et l'inconscience crasse de leurs discours faits de slogans répétitifs qui relèvent davantage de l'ânerie réactionnaire que d'un vrai sens de la justice et de la liberté.

Malouf nous renvoie aussi à certains éléments de notre propre histoire, en évoquant notamment la Crise d'octobre à partir de laquelle, là encore, les «chiens édentés» ont jappé pas mal fort (et d'ailleurs ils jappent toujours), incapables qu'ils sont d'admettre que la vraie victime de cette crise, celle dont ils parlent pourtant le moins en bons hypocrites qu'ils sont, avait pour nom Pierre Laporte, froidement étranglé par quelques "libérateurs" autoproclamés de la Nation, ces "libérateurs" n'étant pourtant que des adeptes d'une raison idéologique poussée à outrance et aux accents bien totalitaires.

En somme, ce petit livre de Malouf nous appelle à la lucidité. Au lieu de «chiens édentés», notre démocratie et nos libertés fondamentales ont besoin de vrais défenseurs et d'esprits libres, en un mot, de chiens de garde vigilants qui ne craignent pas d'aller à contre-courant s'il le faut. Malouf nous incite à penser par nous-mêmes, et à démasquer les tendances souvent totalitaires masqués derrière les beaux discours soi-disant "progressistes" des adeptes d'une langue de bois surtout bonne pour gueuler, mais qui est incapable d'éveiller en que ce soit des esprits réellements libres.

Le livre étant depuis quelque temps devenu introuvable en librairie, j'ai vérifié auprès de son auteur, qui en a toujours quelques dizaines d'exemplaires, qui restent donc disponibles aux intéressés. Donc, ceux qui voudront se dégourdir l'esprit en le lisant peuvent toujours se le procurer, pour à peine $10, en lui écrivant directement: pkm@sympatico.ca

Aussi, lors de ma première rencontre avec lui, il y a quelques semaines, Pierre K. Malouf m'avait montré le texte d'une lettre ouverte qu'il avait écrite pour répondre au texte délirant de haine que l'Imam Pierre Falardeau avait éructé lors du décès de Claude Ryan, à propos duquel le coeur de l'Imam en dégoulinait de joie, en bon "démocrate" et amant du genre humain qu'il est. Malheureusement, les journaux ont refusé de publier la lettre de Malouf, la jugeant sans doute trop irrévérencieuse pour la dignité de son ineffable destinataire.

Mais, puisque l'Imam Falardeau revendique toujours fièrement son morceau de fumier, allant jusqu'à le reproduire en juin dernier dans son site web, j'ai trouvé alors dommage que la missive que Malouf lui adressait alors lui soit, jusqu'à présent, demeurée inconnue. J'ai donc demandé à son auteur la permission de la reproduire sur mon blogue, permission qu'il m'a aimablement accordée sans hésiter. La voici donc:


Lettre inédite de Pierre K. Malouf à l'Imam Pierre Falardeau:

"Allez, Falardeau, encore un effort !

Tu te réjouis de la mort de Claude Ryan ; dimanche dernier à la radio, l’écrivain Gilles Archambault s’est dit incapable de te blâmer. Moi non plus, mais je trouve que tu n’es pas allé assez loin.

Allez, Falardeau, encore un effort ! Bien sûr, les fédéralistes (anonymes ou illustres, journaliers ou politiciens, masseuses ou travailleuses sociales) vont tous finir un jour par casser leur pipe. Que de joies en perspectives, mon vieux ! Croisant dans la rue le corbillard du dernier traître, la plupart des patriotes, sous prétexte de savoir-vivre, dissimuleront lâchement leur spasme derrière un kleenex desséché ; tandis que toi, glorieux porte étendard du Québec libre, tu éjaculeras des actions de grâce aux obsèques des canailles.

Aaah ! que crèvent au plus sacrant les ennemis de la Patrie afin que tu puisses répandre plus abondamment ta semence fertile sur nos coeurs timorés. Mais je crains pour toi, car vois-tu, mon vieux, au Québec même, les ennemis de la Patrie se comptent par millions ! Et tu risques fort de crever toi-même avant que ne meure de sa belle mort la dernière des salopes.

Allez, Falardeau, encore un effort ! Va jusqu’au bout ! Cesse d’écornifler au chevet des agonisants. Sors de ta réserve ! Pourquoi n’irais-tu pas étrangler de tes propres mains le sénateur Jacques Hébert, le comédien Jean-Louis Roux, l’écrivain Roch Carrier, qui sont pour le moins d’aussi immondes crapules que l’était cette face de rat de Claude Ryan ?

Mieux, pourquoi n’irais-tu pas commettre lors d’un caucus du Parti libéral ou dans une réunion du Conseil du patronat un attentat kamikaze qui te couvrirait de gloire et de sang ? Ta joie serait fugitive mais enfin complète.

Allez, Falardeau, encore un effort !

Pierre K. Malouf "

vendredi, février 23, 2007

















De l'hypocrisie !


Le Parti québécois ne détient pas le monopole de la vertu


NOTE: Ceci est le texte intégral de mon article publié dans La Presse d'aujourd'hui, dont des parties ont dû être retranchées, faute d'espace:


Collaborateur occasionnel à La Presse, l’auteur travaille notamment à la rédaction d’un ouvrage sur les agissements du camp du OUI et du gouvernement du PQ dans le contexte entourant le référendum de 1995.

Ainsi donc, voilà que le PQ recoure une nouvelle fois à sa tactique, devenue coutumière, consistant à salir son adversaire. Cette fois, c’est par la voix de sa députée Diane Lemieux que le PQ accuse le chef de cabinet du premier ministre Jean Charest, Stéphane Bertrand, d’avoir détourné une certaine somme au profit du camp du NON, lors du référendum de 1995. Or, tout semble indiquer qu’il s’agit ici d’une facture reproduite dans le livre des militants indépendantistes Normand Lester et Robin Philpot, Les secrets d’Option Canada, que les gens du PQ ont, comme Mme Lemieux a elle-même dû l’avouer, passée au «liquid paper» pour en cacher la mention attestant que cette facture fut officiellement payée par le comité du NON.

Outre le fait que cette prétendue «preuve» fut ainsi grossièrement trafiquée, ce qui en soi démontre un manque d’éthique assez sérieux et une tentative d’induire le public en erreur tout en posant des préjudices potentiellement graves aux personnes visées, ce qui choque le plus dans ce nouvel épisode est le fait qu’encore une fois, le PQ s’acharne à vouloir faire croire qu’il détiendrait le monopole absolu de la vertu. Or, on l’a vu en juin dernier lors du dépôt du rapport du juge Moisan, le PQ a violé la loi sur le financement des partis politiques en encaissant au moins $96 400 en contributions illégales de la célèbre firme Groupaction, celle-là même qui fut au cœur du scandale des commandites, à partir duquel les «purs» du PQ, ces «plus blancs que neige» autoproclamés, de même que leur succursale fédérale du Bloc Québécois, se sont acharnés à salir injustement l’ensemble du camp fédéraliste.

Pourtant, lorsqu’on étudie minutieusement l’ensemble des faits concernant les deux camps opposés lors du référendum de 1995, on se rend compte que toute cette obsession du PQ consistant à exploiter à tort et à travers certains faits réels ou allégués concernant la gestion de l’organisme Option Canada, de même que l’accusation d’un «référendum volé» par les fédéralistes, relève de l’hypocrisie la plus évidente. En effet, tout indique que la présente enquête du directeur général des élections et pour laquelle a été mandaté le juge Bernard Grenier ─ enquête provoquée par la seule sortie du livre de Lester et Philpot ─ devrait s’élargir également aux multiples manœuvres et tactiques douteuses du gouvernement du PQ de cette époque et du camp du OUI. Car si le but d’une enquête de cet ordre vise vraiment à assurer la transparence et l’honnêteté du processus démocratique, plusieurs faits et agissements du camp indépendantiste doivent eux aussi être examinés en profondeur.

Parmi les questions qui doivent être posées, il n’y a pas que ce viol de démocratie que constitue l’affaire des bulletins de vote rejetés à des taux massifs par des scrutateurs zélés nommés par le PQ dans certaines circonscriptions à forte prédominance fédéraliste (11,61%, soit 5426 votes dans Chomedey, entre autres). Plusieurs éléments concernant les fonds publics massivement dépensés par le gouvernement Parizeau en propagande et manœuvres partisanes, de même que des dépenses jamais comptabilisées de la campagne du OUI, n’ont, à ce jour, subi d’enquête sérieuse :

· Le PQ affectionne de parler d’Option Canada, accusé notamment dans le livre de Lester et Philpot d’avoir financé la soirée référendaire du NON. Mais il ferait bon de regarder aussi du côté du Conseil de la souveraineté, disposant d’un budget de $ 4 438 376 (financé au moins à 85% à même les fonds publics par le gouvernement Parizeau), qui dépensa $196 443 pour la soirée référendaire du OUI. De plus, en pleine campagne référendaire, ce même organisme a reçu du Secrétariat à l’avenir du Québec une subvention de $ 1 882 462, pour des dépenses prétendument encourues avant la période référendaire, sans que cette prétention n’ait été jusqu’ici confirmée hors de tout doute.

· Qu’en est-il des nombreux organismes indépendantistes actifs durant toute la campagne référendaire, du genre, entre de multiples autres, Artistes pour la souveraineté, Les Jeunes souverainistes, Mouvement National des Québécois, Partenaires pour la souveraineté de la Montérégie, qui ont dépensé des sommes considérables pour vanter les mérites de leur option, mais dont on ignore la provenance et qui ne seront jamais comptabilisées par le OUI? Où sont les états financiers de ces organismes?

· Les centrales syndicales, à même les cotisations des travailleurs dont tous n’étaient forcément pas indépendantistes, ont investi des ressources importantes dans le camp du OUI. Ainsi, la FTQ, dans un document daté du 19 janvier 1995, avait énoncé la stratégie syndicale allant «jusqu’au jour du vote», spécifiant notamment que ses permanents «seront également mis à contribution», devant «libérer leur agenda en conséquence», la campagne du OUI devant «être la priorité d’action de tous les permanents». Qui dit permanent dit aussi personnel payé à plein temps, et non des bénévoles. «Tous les permanents» concernés, selon le terme employé par ce document de la FTQ et dont on ignore le nombre, auraient-ils alors tous pris des congés sans solde pour «libérer leur agenda en conséquence»? Si oui, où en sont les preuves concrètes? Si non, ces éventuelles dépenses n’ont pas été ajoutées à celles du camp du OUI. Et nous ne comptons ici ni la CSN, ni l’ex-CEQ, très engagées elles aussi pour le OUI.

· Les indépendantistes ont dénoncé à tous vents les dépenses de «propagande» du gouvernement fédéral. Or, qu’en est-il des campagnes publicitaires massives à saveur nettement propagandiste payées à même les fonds publics par le gouvernement Parizeau, qui a conscrit jusqu’à Hydro-Québec et d’autres sociétés d’État pour nourrir la ferveur nationaliste durant la campagne référendaire, au coût de $2, 8 millions pour le seul cas d’Hydro-Québec? Dans quelles conditions ces contrats publicitaires ont-ils été octroyés? Et à quelles firmes? Quelles furent les sommes totales de ces campagnes de propagande gouvernementale partisane? Ces questions sont toujours sans réponse.

Ce ne sont là que quelques-uns parmi les nombreux éléments du dossier référendaire sur lesquels la lumière reste à faire, car il faut aussi compter avec d’autres faits, comme ceux entourant le processus douteux d’attribution par le gouvernement du PQ des contrats nécessaires à la réalisation des fameuses Études Le Hir sur la restructuration du Québec, de même que les centaines de millions qu’a coûté, en pure perte, le tout aussi fameux Plan Paillé qui, au cours de la période pré-référendaire, octroyait des prêts de $50 000 garantis à 90% par le gouvernement à quiconque voulait lancer son entreprise, tout cela pour créer un climat de confiance économique artificiel en vue du référendum.

Il est plus que temps que toute la lumière soit enfin faite sur ces faits qui pourraient bien prouver que les agissements du PQ sont fort incompatibles avec son habituelle prétention au monopole de la vertu. Avant de salir systématiquement ses adversaires et de ternir ainsi notre processus démocratique, ce parti devrait se regarder un peu plus dans le miroir, et surtout faire preuve de moins d’hypocrisie. Et tous les Québécois y gagneraient, car on assurerait ainsi à long terme une meilleure probité à nos institutions politiques, de même qu’une confiance renouée de la part des citoyens à l’égard de la classe politique.